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Le Zen au Maroc


Hans Werner Geerdts

Un écrivain, un grand artiste peintre mystique
allemand vit parmi nous.

Hans Werner Geerdts (85 ans) vit depuis 30 ans à Marrakech aux cotés de Guan Goytisolo, son complice et ami, qui a illustré d'ailleurs la nouvelle édition de son roman «Makbara» .
Geerdts ne célèbre dans sa vie et travaux que le corps/signe qui le prend pour un anathor du verbe divin .

Il a publié plusieurs livres dont le plus important est le roman «Vive Marrakech» , qui va être bientôt traduit en langue française, et entre d'«affiner» un autre dont les événements se passent au Salvador .

Quelle souplesse ! Voyageur et chercheur infatigable, il s'en va goûter aux délices de l'Asie mineure et de la Mésopotamie d'ou son livre/tableau «Inanna», qu'on peut traduire en une recherche originale sur l'écriture cunéiforme .

Et c'est au Japon - bien sûr - que notre peintre à pratiquer le ZEN pour la première fois et a découvert la calligraphie ZEN et la peinture nommée «SUMI», qui est présenté comme une expression de la touche comme dépense gratuite, une illustration raffinée de l'instant vécu - ici et maintenant - .

Cette ascèse au Japon, associée à des affinités artistiques et culturelles très proches de Picasso (qu'il a côtoyé) et à un regard furtif du coté des peintres visionnaires du Moyen-âge,  métamorphosant notre homme à Marrakech, terreau fertile pour la délivrance, sa délivrance .
Jamaa El fna, avec ses chaudes couleurs, le jasement de ses foules, la nonchalance de ses grappes humaines, le fascinent, l'inspirent .

D'ou les travaux sur le corps, sur la foule, sur de drôles de personnages aux allures des lettres de l'alphabet aux traits humains qui dansent, s'agitent, gesticulent, improvisent des cercles qui vous donnent le vertige comme ces derviches tourneurs de Konya, se rassemblent, se dispersent et se volatilisent même .

A Marrakech, cette liberté déconcertante de la foule, se moquant royalement de la notion du temps, l'éblouit et il y voit une célébration spondée de la Vie .
Avec un roseau, une spatule, de l'encre de Chine, prennent forme ces corps/lettres sur un simple papier, parfois sur un mur et même sur des toiles de sacs de farine .

Et nous voilà devant une «conférence» d'hommes et de femmes, d'enfants/lettres de toutes les races, de tous les âges, de tous les temps dessinés avec un étonnant professionnalisme de maître artisan .

Pour ce qui est de l'objet de cette conférence artistique, c'est peut être l'écho, à la conférence des oiseaux du soufi persan, Farid Eddine Attar .
Geerdts, nous initie par son art , à apprendre à nous taire . Son «Tachisme figuratif», est un hymne à l'intelligence et à la création .

Son art n'est pas loin du «Damyati» genre de kabbale locale, finement préservée par un certain ésotérisme au Sud du Maroc et considéré comme une passerelle ouverte sur «ILM AL HARF et AL ARQAM» ( science de lettres et de chiffres ) .

Etonnant ce Geerdts-là ! Ces corps lettres-symboles, n'anticipent-ils pas l'existence d'une quelconque relation entre le corps visible et l'évolution sur le chemin spirituel ? Une phénoménologie de l'Esprit ?

En tous cas, le «Foulisme» - de la foule - comme on nomme l'approche picturale et artistique de Geerdts est salué partout, sauf Marrakech elle même .
Que Geerdts, qui a su donner à l'art, au port du CORPS, une bio-conscience, puisse trouver ici, un hommage .

Tarik Essaadi (Maroc)



Le Zen.

Le Bouddha, peut-il être Marocain ?

Plus besoin d'aller au Japon pour pratiquer le "Zen", on vous épargne le voyage. Unique en l'Afrique et dans le monde arabo-musulman, le "temple Zen" de la ville de Casablanca au Maroc, fera l'affaire . (Reportage)

par Tarik ESSAADI
chahtok@hotmail.com


A l'entrée du boulevard Al Wahda (l'union) au centre ville de Casablanca, se trouve un appartement pas comme les autres, à la porte, une inscription : "l'acceptation du zen est de ne rien résoudre ", on ne soupçonne point la présence de l'édifice d'un temple . A entendre parler, on a l'impression d'avoir affaire à un lieu de culte de l'extrême-Est de l'Asie, une simple impression. Car c'est dans cet appartement que trois jours par semaine, maître Driss Badidi s'investit pour enseigner la pratique du "Zazen" (Za :s'asseoir, Zen : méditer) .

D'origine japonaise, le Zen est venu au Maroc via l'Europe, introduit par Claude Durix un médecin français. Les pratiquants étaient à 99% des étrangers résidant au Maroc, Idriss Chah Badidi était le 1% manquant, disciple de Taisen Dechimaru (très grand Maître japonais).

Ayant commencé très jeune le zen, il s'imprègne rapidement dans cette pratique. Le monde Shah Badidi, l'univers du temple, inspire la solitude sinon le sentiment d'être étranger à cet endroit. L'accès à l'appartement donne sur trois fauteuils. Une grande toile figure sur le mur à droite. "Ce serait une perte pour l'humanité si j'abandonne cette oeuvre", explique D.Badidi. Au fait, il s'agit d'un tableau dessiné en 1978 par le peintre mystique Allemand Hans Werner Geerdts (85 ans). Une inspiration à base de sons qui se dispersent de façon circulaire .

Puis c'est tout en franchissant le petit vestibule qu'on trouve "le dojo", ce temple ou le zen se pratique. A l'entrée un tas de livres attire l'attention. Quelques tableaux "made in Japan" apparaissent sur les murs. Une dizaine de petits coussins, les "Zafus" (zafou), sont à même le sol. Le reste de l'édifice se compose de deux vestiaires et une chambre à coucher.

Loin des "doutes" qu'il suscite autour de son identité, le "Zen" peut-être conçu comme une thérapie contre l'anxiété provoquée par le "speed" (stress) urbain. D'ailleurs comme affiché sur la porte de l'appartement, "il ne faut surtout rien attendre du Zen" .

Il s'agit bien de certaines règles à respecter en fonction d'un équilibre postural et respiratoire. Elles vont du port d'un habit noir, le "Kolomo". A défaut de ce Kimono noir, c'est la Gandoura noire (habit marocain traditionnel) que l'on étrennera si l'on décide de faire de la méditation zen à Casablanca .

En passant par une adaptation à la posture du "lotus" en face du mur, les yeux mi-clos et la respiration bien contrôlée. "Pousser la terre avec les genoux et le ciel avec la tête " , leur dit maître Badidi. Pour aider à se concentrer sur sa respiration, le groupe lit à haute voix et de plus en plus vite, un texte en sanscrit ! ", ça attire d'autant plus notre attention qu'on n'y comprend rien ", d'après un disciple, pas grave ..., c'est juste pour l'exercice .

En général, la séance dure environ une heure, entrecoupée d'une marche "Zen" (Kin-Hin) pour une dizaine de minutes. Les pratiquants finissent leur exercice par le chant de "la sagesse suprême" , ou le "Hanya Shing yo".

En 1983, Driss se retrouve tout seul. Il monte alors "l'association Zen du Maroc" sous Dahir de 1958. Le Maroc est un pays islamique et on ne plaisante pas avec ce genre de choses.

Mais les statuts de l'association les ont rassurés : "toutes discussions politiques ou religieuses sont rigoureusement interdites" statuent-ils. Finalement, les officiels se sont désintéressés de cette poignée d'originaux, qui ont pu exercer leur art en paix .

Depuis le développement de la pratique zen a été très confidentiel. Le nombre de disciples, n'a jamais dépassé une dizaine à la fois. L'objectif est de limiter les inscriptions à une vingtaine de personnes au plus, leur à préciser M.Badidi. Ils ont adopté la pratique de l'école "Sotozen" du Japon, qui correspond à l'environnement arabo-musulman.

"Zazen" a pris aussi une coloration locale se débarrassant de toutes les coquilles qui peuvent entaché la foi islamique des adeptes, nous dit maître Driss Badidi. Le zen "made in morocco", pour les amateurs de définitions tranche M.Badidi, c'est comme un couteau sans lame et sans manche !.



[Reportage Tarik Essaadi.]
[Pages de l'Association Zen au Maroc]

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